Qui a pénétré, un jour, dans l’atelier de Valérie Drummond éprouve un sentiment proche de cet émerveillement qui saisit Augustin Meaulnes au moment où, par hasard, il pénètre dans le château en fête de Frantz de Galais, qu’il n’oubliera jamais...Est-ce une illusion, est-ce la réalité ? De longues femmes aux seins nus, aux jupes en corolle et aux chapeaux 1900 glissent sur un sol qui semble leur échapper. De petits princes en pantalon de golf, une écharpe autour du cou, regardent de jeunes couples s’enlacer. Des sœurs au profil giacomettien qui ont marché contre le vent viennent se mêler à la valse, sous des lampions imaginaires. Des masques vénitiens surgissent, des robes en dentelle virevoltent dans l’air, les corps dénudés se tordent et se libèrent. Comme chez Alain-Fournier, les gestes sont joyeux et les visages, graves. Car c’est une belle et mystérieuse fête sans lendemain dont on se demande si elle a bien eu lieu, et dans quel parc lointain, ignoré du cadastre ordinaire.


Par quel miracle – c’est son art singulier, c’est sa magie propre – Valérie Drummond parvient-elle à inventer un monde qui n’existe que dans nos rêves, à le peupler de femmes et d’hommes sculptés, lissés dans le bronze ou l’argile, et pourtant si légers, si élancés, si évanescents ? Elle défie en même temps les lois de la raison et celles de l’apesanteur : de la matière puissante, de la lourde terre, elle tire en effet des êtres féériques aux mains tournées vers le ciel, des danseuses en perpétuel mouvement. Elle prouve par là qu’elle n’est pas seulement sculptrice, elle aussi une musicienne des visages, une chorégraphe des corps en fusion et une poétesse de la ligne claire.


Le jour où je suis allé la voir dans son atelier, Valérie Drummond m’a expliqué qu’elle utilisait, pour ses bronzes, la technique dite de la cire perdue. Je l’appellerai dorénavant la technique de la beauté gagnée. La grâce en plus.


Jérôme Garcin

 

 

 

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